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L'Esprit de Dieu et la nouvelle naissance

« Jésus lui répondit : En vérité, en vérité je te le dis, si un homme ne naît de nouveau il ne peut voir le royaume de Dieu. »
Jean 3,3
La traduction « naître de nouveau » est fausse. Dans le texte grec il n'y a aucun « de nouveau ». Elle est basée sur le dogme ecclésiastique que l'homme n'as pas l'Esprit de Dieu, et comme sa chair est né d'une femme, ainsi son esprit doit naître de l'Esprit. Littéralement traduit Jésus dit « à moins que quelqu'un soit engendré d'en haut ». Il n'y est pas question d'une nouvelle naissance, mais d'une naissance tout court. L'homme doit naître d'en haut, il ne doit pas naître à nouveau. Cette phrase, Jésus l'avait adressée à Nicodème, un pharisien érudit que Jésus appelle « le docteur d'Israël » dans le verset 10. D'où vient donc l'idée que l'homme doit naître à nouveau. Lisons le texte :

Jésus lui répondit : « En vérité, en vérité, je te le dis, à moins que quelqu'un soit engendré d'en-haut, personne ne peut voir le royaume de Dieu. » Nicodème lui dit : « Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? Peut-il une seconde fois entrer dans le ventre de sa mère et naître ? » Jésus répondit : « En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître d'eau et d'Esprit, on ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Ce qui est né de parents humains est humain et ce qui est né de l'Esprit est Esprit. Ne t'étonne pas que je t'aie dit : ‘Il faut que vous soyez engendré d'en haut. ’Le vent souffle où il veut et tu en entends le bruit, mais tu ne sais pas d'où il vient, ni où il va. C’est aussi le cas de toute personne qui est née de l'Esprit. » Nicodème reprit la parole et lui dit : « Comment cela peut-il se faire ? » Jésus lui répondit : « Tu es l’enseignant d'Israël et tu ne sais pas cela !
Voyons, Jésus s'étonne qu'un érudit comme Nicodème ne comprenne de quoi il parle. Sa question de savoir s'il fallait rentrer dans le ventre de sa mère pour naître à nouveau était rhétorique. Son point était précisément qu'il n'est pas possible de naître une deuxième fois. Voyons, l'idée d'une nouvelle naissance est absurde, et Jésus ne comprenais pas comment un érudit ne pouvait savoir ce qui est si évident dans tout l'Ancien Testament. L'église a repris une idée absurde basé sur une question rhétorique, la réponse à laquelle était évidemment négative. Reprenez votre souffle, faites un pause, et reculez un peu. L'étonnement de Jésus se base sur quelque chose qui est facile à vérifier. Il n'y avait absolument rien d'innovateur dans ses propos, car quelqu'un qui était sensé connaître l'Ancien Testament aurait dû le savoir facilement. Dites-moi donc où dans l'Ancien Testament il est question d'une nouvelle naissance? Je me rappelle de mon ancien modèle, le théologien fidèle à la Parole de Dieu, qui se moquait depuis la chaire de Nicodème. Je me rappelle que, étant assis dans l'assemblée, j'ai dû rire moi-aussi. Sauf que pendant des années, je me suis toujours posé la même question : Où dans l'Ancien Testament est-il question d'une nouvelle naissance de manière aussi évidente que Jésus doive s'étonner de l'ignorance d'un pharisien érudit ? Moi qui avait fait une école biblique, j'aurais dû facilement pouvoir répondre à une question aussi basique. La réponse est simple, il n'y est pas question, pas une seule fois. 
Revenons en arrière : Nous avons vu que Saint Augustin pensait précisément que l'homme n'avait plus l'Esprit. En combinant Jean 3,3 avec cette idée, Augustin en déduisait que l'homme était spirituellement mort à la naissance et qu'il fallait donc renaître. Une naissance physique, et une naissance spirituelle. Nous avons aussi vu que selon Genèse 6.3, tout homme a l'Esprit de Dieu, même les méchants. En fait, sans l'Esprit de Dieu l'homme meurt. Il est d'ailleurs tout aussi facile de prouver que l'être humain a lui aussi un esprit, par exemple ici (Za 12.1) :

​« Oracle de l’Éternel, qui a étendu les cieux et fondé la terre, et qui a formé l’esprit de l’homme au-dedans de lui. »

La signification du terme esprit 

L'Ancien Testament est écrit presque exclusivement en hébreu, le Nouveau entièrement en grec. Dans les deux langues, le terme esprit (רוּחַ ruach en hébreu et πνεῦμα pneuma en grec) est un concept très vague, mais leurs significations se recoupent généralement. Ainsi, la traduction grecque (LXX) de l'Ancien Testament traduit généralement ruach (esprit en hébreu) par pneuma (esprit en grec). Or, selon le contexte « esprit » peut signifier différentes choses, à titre d'illustration (non exhaustive) : ​
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Il suffit de parcourir ces versets bibliques et de les comparer entre différentes traductions pour se rendre compte de la diversité que véhicule le terme « esprit ». Je me contente ici d'indiquer seulement une référence biblique par exemple à titre d'illustration. La liste est loin d'être exhaustive. ​
Comment donc se fait-il que dans le Nouveau Testament, le terme « esprit » devienne d'un seul coup une personne (à l'exception des passages où traduire pneuma par « esprit » ne ferait pas de sens ?) A cours des premiers siècles de l'histoire de l'église, l'Esprit de Dieu a ainsi obtenu une signification très spécifique : L'Esprit de Dieu est une personne de la trinité : Père, Fils et Esprit. Pourquoi ? Parce que l'Esprit présente de manière répétée les attributs d'une personne. On peut lui mentir (Act 5.3), le tenter (Act 5.9), l'attrister (Eph 4.30), il conduit (Lc 4.1), il enseigne (Jn 16.12) etc. Seulement, tout n'est pas aussi simple. Dans l'Apocalypse il est question des sept esprits de Dieu (3:1 etc.). Est-ce que je dois maintenant mettre les « sept esprit » en minuscule ou en majuscule ? Or, n'oublions pas que l'esprit de Dieu n'est pas le seul à avoir les attributs d'une personne. La sagesse de Dieu en a autant. Elle crie (Prov 8.1) elle se place (Prov 8.2), elle a des choses à dire et à enseigner le droit chemin (Prov 8.6), elle possède du conseil et le succès (Prov 8.14) et elle construit sa maison (Prov 9.1). Job 28 en parle dans de termes similaires. Je ne donne ces exemples qu'à titre d'illustrations, loin d'avoir l'intention de donner une liste exhaustive. Si l'église n'avait pas formaté mon cerveau à la trinité, avec le recul aujourd'hui je ne vois pas comment je pourrait réduire Dieu à une entité de trois. Est-ce que Dieu consiste en trois personnes ? Seulement trois ? J'ose en douter. En hébreux, Dieu (Élohim) est presque toujours au pluriel mais les verbes souvent au singulier. D'ailleurs, nulle part dans la Bible le terme « trinité » est utilisé et nulle part le Nouveau Testament expliquerait que Dieu soit une unité de trois. Au cours de l'histoire de l'église plusieurs y ont rendu attentif, parfois au prix de leur vie. Pourquoi est-que je dis tout cela : Autant l'Esprit de Dieu a parfois les attributs d'une personne, autant il ne les a parfois pas : Il est répandu (Esa 44.3), on peut en être rempli (Eph 5.18), c'est une puissance (Act 1.18) etc. Pendant des années je me suis demandé comment je pouvais être rempli du Saint Esprit ? Car, si c'est une personne, soit je l'ai, soit je ne l'ai pas. Prenons l'exemple inverse : Dans le Nouveau Testament il est régulièrement question de démoniaques. On peut être possédé par un démon (Mt 15.22), on peut être possédé par plusieurs démons (Mc 5.9), on peut être possédé par un démon un peu mauvais ou par des démons plus mauvais (Lc 11.16), mais jamais une personne n'est possédée par un démon un petit peu, ou abondamment. Comment ce même esprit agit-il de manière aussi diffuse de sorte qu’il y ait des églises catholiques, orthodoxes, anglicans et protestants ? Si l’esprit de Dieu est une personne, comment se fait-il que l’aile droite du mouvement évangélique combatte l’aile gauche et l’inverse ? A l’époque, pour moi la réponse était simple. Les autres n’ont pas le Saint Esprit, ou alors seulement un peu. Cependant, je n’arrivais pas à résoudre le problème suivant : Comment quelqu’un ne peut-il avoir qu’un quart ou qu’un dixième d’une personne ? Comment se fait-il que certains chrétiens demi-cœurs atteignent à peine 12,34 %, tandis que d'autres débordent tellement de l'Esprit de Dieu que même l'apôtre Paul en serait jaloux ? Serait-il possible que les auteurs du Nouveau Testament se référaient par le terme « esprit » à une conception plus large que simplement une personne ?
Bien sûr que l’esprit de Dieu est un concept surnaturel : L’amour, la fidélité, la loyauté, la miséricorde etc. sont toutes des concepts métaphysiques, de vraies puissances. Une pierre ne peut pas aimer, elle ne peut pas persévérer etc.  

« Mais maintenant nous avons été déliés de la loi, étant morts dans ce en quoi nous étions tenus, en sorte que nous servions en nouveauté d'esprit, et non pas en vieillesse de lettre. » Romains 7.6
Je pense que l'exemple suivant illustre la différence entre la loi et l'esprit. Hillel, le pharisien le plus important de son époque, mourut alors que Jésus était adolescent. De son vivant et après sa mort, son rival le plus acharné fut Shammaï. Hillel avait été président du Sanhédrin, la Haute Cour d'Israël, et Shammaï, qui était à l'origine vice-président, lui succéda après sa mort. Beaucoup de disputes les opposaient, entre autres celui du divorce. Pour éclaircir la différence entre la loi et l'esprit, je vais pourtant prendre une autre dispute illustrative : Lors de la fête des tabernacles, une de trois grandes fêtes juives, Moïse avait ordonné que tout le peuple doive habiter dans des huttes pendant une semaine. Il s'agissait de tabernacles passagers. Cette fête devait rappeler la sortie d'Égypte, car quand les Hébreux ont finalement été chassés par le pharaon, ils vivaient dans des huttes temporaires. La raison donnée par Moïse était (Lév 23.43) : « afin que vos descendants sachent que j'ai fait habiter sous des huttes les Israélites, après les avoir fait sortir du pays d'Égypte. » Lorsque sa belle-fille accoucha pendant cette fête, Shammaï, le pharisien sévère, craignant d'enfreindre cette loi, fit ouvrir le toit de sa chambre afin de le recouvrir de branches. Shammaï exigeait en effet de tout le monde de vivre dans des huttes. Il interdisait en outre qu'une hutte soit gardée d'une année à l'autre. « Vous vous réjouirez devant l'Éternel » Moïse avait ordonné des Hébreux pour cette fête, « vous souffrirez sous votre joug lorsque vous serez malades » en a fait Shammaï. Hillel, quant à lui, faisait des exceptions raisonnables pour les enfants et des malades, par exemple, et il ne s'opposait pas à ce que le matériel d'une hutte soit gardé d'année en année. Voyez, pour Shammaï la loi sur la fête des tabernacles était une fin en elle. Hillel cependant avait compris que l'esprit de la loi n'était pas de tourmenter des malades, mais à ce qu'une personne en bonne santé se souvienne de la délivrance de l'esclavage en Égypte et s'en réjouisse.
​Cet exemple illustre le problème de la loi : On peut violer l'esprit d'une loi de Dieu afin d'en observer la lettre.

L'esprit dans l'Ancien Testament

Ce que tout les prophètes de l'Ancien Testament ont en commun, c'est que Nicodème aurait dû savoir sans même devoir réfléchir est résumé par la péricope suivante (Za 7.8-12a):

« Ainsi parle l’Éternel des armées : Jugez vraiment selon le droit, ayez l’un pour l’autre de la bienveillance et de la compassion. N’opprimez pas la veuve et l’orphelin, l’immigrant et le malheureux, et ne méditez pas l’un contre l’autre le mal dans vos cœurs. Mais ils refusèrent d’être attentifs, ils eurent une épaule rebelle et endurcirent leurs oreilles pour ne pas entendre. Ils rendirent leur cœur (dur comme le) diamant pour ne pas écouter la loi et les paroles que l’Éternel des armées leur avait envoyées pas son Esprit, par l’intermédiaire des premiers prophètes. »
Il y a pléthore de passages tels que celui-ci dans l'Ancien Testament. C'est un sujet qui a été repris par tous les prophètes. En guise d'exemple, voici un autre (Am 5.21-24 : 

​« Je hais, je méprise vos fêtes, je ne puis sentir vos cérémonies. Quand vous me présentez des holocaustes et des offrandes, je n’y prends aucun plaisir ; Vos sacrifies de communion et les veaux gras, je ne les regarde pas. Éloigne de moi le bruit de tes cantiques je n’écoute pas le son de tes luths, mais que le droit coule comme de l’eau, et la justice come un torrent intarissable. »
Et tandis que la loi légiférait sur des rituels, des sacrifices et des rites de purification, son esprit n'a jamais envisagé autre chose que la morale. Dans un contexte spécifique, la loi de Moïse était sensé exprimer la volonté, l'essence, l'esprit de Dieu. Les sacrifices d'animaux et les lois de purifications avait un but pédagogiques. Or, du temps de Jésus nombreux était les dirigeants religieux qui avait fait de la loi une fin en elle. Je le répète, la loi n'a jamais eu pour objet la religion, mais toujours l'éthique. L'esprit de Dieu ne se préoccupe pas du style de musique, de la liturgie ou de questions religieuses (qu'elles soit juives, musulmanes, chrétiennes ou autres), l'esprit de Dieu se soucie de l'éthique. Si vos convictions religieuses vous poussent à faire du terrorisme, c'est que vous avez renié l'esprit de Dieu. Alexandre Jannaeus, l’un des derniers Hasmonéens qui occupait à la fois les fonctions de grand prêtre et de roi, fit crucifier huit cents pharisiens en plein cœur de Jérusalem, car ceux-ci avaient demandé l’aide des Séleucides pour le renverser. (Selon le canon juif, ces deux offices ne pouvaient être occupées par la même personne : Le roi devait être un descendant de David, et la grand prêtre un descendant d'Aaron). Il fit ensuite massacrer leurs femmes et leurs enfants sous leurs yeux, tandis qu’il était allongé, une coupe à la main, au milieu de ses concubines. Mais il y avait aussi des juifs fanatiques (les sicaires) qui ont à leur tour massacré des compatriotes. À l'instar des kamikazes d'aujourd'hui, les sicaires alliaient brutalité et effet de surprise. Leurs couteaux leur valaient une certaine renommée dans la rue et permettaient sans doute à des dirigeants sans scrupules d’exiger une « protection » auprès de cibles aisées. Comme aujourd'hui, leur charisme révolutionnaire attirait les jeunes et les chômeurs, ainsi que les fanatiques religieux ; il servait également de couverture aux voleurs et aux racketteurs. Leurs bandes n’étaient unies que par la volonté de renverser la junte au pouvoir et d’usurper ses pouvoirs. Le terrorisme ne date pas du vingtième siècle. Certains passages de la Bible qui semblent anti-juif prennent tout leur sens lorsqu'on les replace dans leur contexte.

L'esprit dans le Nouveau Testament

L'apôtre Paul l'exprimait ainsi (Gal 5.22-23) :

​« Mais le fruit de l’Esprit est : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur, maîtrise de soi ; La loi n’est pas contre de telles choses. »
Dans Romains 8.15 Paul écrit (traduction la Colombe) :

« Et vous n’avez pas reçu un esprit de servitude, pour être encore dans la crainte, mais vous avez reçu un Esprit d’adoption, par lequel nous crions : Abba ! Père ! »
Le verbe lambanô (λαμβάνω) traduit ici par « recevoir » a à la base deux significations. Un sens actif « prendre » et un passif « recevoir ». Romains 8.15 pourrait donc être traduit par « Et vous n'avez pas saisi un esprit de servitude, mais vous avez saisi un esprit d'adoption, par lequel nous crions : Abba ! Père ! » Le texte n'implique pas une action passive (« recevoir l'Esprit de Dieu »), mais il pourrait tout aussi bien avoir une signification active : On ne reçoit pas l'Esprit par une réaction métaphysique enclenchée par un miracle divin, on le saisit par sa propre volonté. D'ailleurs, pourquoi le même terme « esprit » signifierait-il une essence dans le premier cas (esprit de servitude), mais parlerait-il d'une personne dans le deuxième (l'Esprit d'adoption) ? Relisez-bien la traduction de la Colombe en haut, la Colombe met le deuxième « esprit » en majuscule (Esprit). Voici un verset biblique qui m'a donné du fil à retordre pendant des années (Rom 8.16) : 

​« L’Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. »
La traduction (la Colombe) cité ici part de l'idée, que suite à la nouvelle naissance, l'Esprit de Dieu confirme à mon esprit que je suis un enfant de Dieu. Cette idée m'a donné du fil à retordre pendant des années. Lu à travers ces lunettes théologiques, il y a donc une sorte de réaction surnaturelle entre Dieu et moi. Seulement, comment en être sûr ? Or, ce texte, traduit littéralement, a un sens différent :

​« L’esprit lui-même rend témoignage ensemble avec notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. »
La signification première du verbe summartureô (συμμαρτῠρέω) est « témoigner ensemble. » C’est un verbe composé de martureô (témoigner) et du préfixe sun (ensemble) qui devient sum devant la lettre μ (devant l'équivalent de la lettre m de notre alphabet). Nous trouvons ce préfixe dans le mot d'origine grec « sun-thèse », donc un « ensemble d'arguments ». Voyez, la magie s'évapore. La traduction allemande Gute Nachricht est révélatrice. Elle traduit « Ainsi, son Esprit nous assure au plus profond de nous-mêmes que nous sommes enfants de Dieu. » Elle traduit le terme grec pneuma (esprit) une fois en lui donnant le sens d’une « personne » (son Esprit), et une fois en lui donnant le sens « essence » (au plus profond de nous-mêmes). Pourquoi le même terme dans la même phrase aurait deux significations différentes ? J’aime bien cette idée que l’esprit est une essence. Afin, encore une fois, les significations du terme « esprit » sont nombreuses, mais comme synonyme ici, « essence » pourrait aider le lecteur chrétien à saisir de quoi Paul voulait parler. Ainsi, notre « essence », notre « plus profond de nous-même », notre « esprit » soient confirment que nous sommes enfants de Dieu (à condition d’avoir les fruits de l’esprit), soit ils l’infirment, dans le cas par exemple ou nous serions prêts à marcher sur des cadavres pour accéder ou rester au pouvoir. Dans ma vie j’ai rencontré plusieurs chrétiens qui doutaient de leur salut, précisément parce qu’ils ne ressentaient pas ce miracle métaphysique selon lequel l’Esprit de Dieu rendrait témoignage à notre esprit d’être enfants de Dieu. Dans le jargon ecclésiastique on appelle ça « l'assurance du salut ». Ce qui est tragique, ce que ce sont généralement des personnes très sensibles et extrêmement honnêtes, celles qui auraient le moins à se soucier de leur statut comme enfant de Dieu, qui en doutent le plus ou qui n'ont pas cette « assurance du salut ». Pour les personnes concernées c’est une tragédie, et les pasteurs ne savent pas quoi faire, car ce n’est précisément pas une question d’intelligence qui permettrait de raisonner des âmes sensibles, vu que c’est prétendument de l’ordre spirituel. Or, Paul n'était pas en train de décrire un processus métaphysique qui ne serait accessible qu'aux gens particulièrement pieux. Il voulait assurer ses lecteurs qu'il s'agissait de quelque chose d'extrêmement simple à vérifier. En effet (Rom 8.9b) :

​« Si quelqu’un n’a pas l’esprit du Christ, il ne lui appartient pas. »
C'est tellement simple, que même un enfant peut le comprendre ! 

Le livre de la vie

Si vous avez lu attentivement la Bible, vous avez certainement remarqué qu’il est question déjà dans l’Ancien Testament du Livre de la Vie, duquel les gens peuvent être effacés. C’est dans l’Exode qu’il en fut question la première fois, après l'événement du veau d'or dans (Ex 32.32), où Moïse demanda à Dieu de l'effacer du Livre de la Vie à la place des idolâtres, une requête qui ne fût guère accordée. Dans Psaume 69.28 il est également question du Livre de Vie :

« Qu'ils soient effacés du livre de vie, et qu'ils ne soient pas inscrits avec les justes ! »
Dans le Nouveau Testament aussi, cette pensée revient à plusieurs reprises, par exemple dans Apocalypse 3.5. Ne vous êtes-vous jamais demandé pourquoi les gens ne sont jamais inscris dans le Livre de Vie, mais qu’ils peuvent seulement en être effacés ? Les gens n'ont pas besoin de faire quelque chose pour aller au paradis, ils doivent faire quelque chose pour aller en enfer !

Être sauvé

Une mission bien connue de moi a fait de 1 Timothée 2.4 sa devise. Dans ce verset Paul explique que Dieu :

« … veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. »
Mais dans la scène évangélique, ce verset est compris et interprété de cette manière 

« Dieu veut que tous les hommes parviennent à la connaissance de la vérité et soient (ainsi) sauvés. »
L'ordre du verset est inversé. Le salut est donc interprété comme le résultat de la connaissance de la vérité. D'abord l’on reconnaît son péché, se repent, croit comme il se doit (avec tout ce que cela peut impliquer selon les différents mouvements ecclésiastiques), et (seulement) ensuite l’on est sauvé. La foi, dans les milieux ecclésiastiques est un programme (consistant de pratiques pieuses et de confessions de foi qui changent d'un mouvement à l'autre)
qu'il faut suivre afin d'être sauvé. Or, bibliquement parlant la connaissance de la vérité n'est pas une condition pour le salut, avoir l'esprit de Dieu l'est. Ainsi, il y a donc de nombreux passages bibliques que 2'000 ans d'histoire de l'Eglise ont assaisonné d’épices au goût très ecclésiastique. En voilà un autre : Paul ouvre le chapitre 8 de l'Epître aux Romains par les mots suivants :

« Il n'y a donc maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ. »
L'église poursuit ici sa lecture et conclut qu’il n'y a donc que damnation pour les autres.

« Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu'il ait la vie éternelle. Dieu, en effet, n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. Celui qui croit en lui n'est pas jugé ; mais celui qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu'il n'a pas cru au nom du Fils unique de Dieu. » Jean 3.16-18 cité selon la Colombe
Dans mon livre j'irai dans plus de détails. En guise d'un petit résumé regardons de plus près la signification de trois verbes dans leur langue d’origine, le grec :
  • Apollumi – selon la Colombe « périr »
  • Krinô – selon la Colombe « juger »
  • Sôzô – selon la Colombe « sauver »
Dans Jean 3.16-17, les trois verbes supposent que l'homme n'a actuellement ni « péri », ni qu’il est à présent « jugé », mais qu'il est tout simplement « en vie ». Puis, étonnamment, au verset 18, la perspective change et l'homme est – par son incrédulité – « déjà jugé ». Cela correspond mal à l'hypothèse ecclésiastique selon laquelle l'homme est spirituellement mort par nature. On m'a toujours enseigné que je suis né mort avec une âme noire et que je dois renaître spirituellement par la foi, la conversion et la régénération enfin de recevoir un cœur blanc comme la neige. Mais dans Jean 3,16-18, Jésus inverse la séquence de 180°. L'homme n'est pas né mort pour renaître par la foi, il est vivant pour être « jugé » par l’absence de sa foi. Pour que celui qui croit en lui « ne périsse pas », nous lisons dans Jean 3.16. Le verbe apollumi utilisé ici signifie essentiellement « perdre sa vie ». L'homme vient donc au monde « vivant », spirituellement parlant, selon Jean 3.16, car seuls les hommes vivants peuvent perdre leur vie. Voyons, le terme même sôzô que les théologiens aiment bien traduire par « sauver » (il signifie aussi « guérir ») présuppose que l'on est en vie. Je ne peux pas sauver une personne morte, il faudrait que je la réanime. Selon Augustin il faudrait plus : Vue que l'on est spirituellement mort, il faut que quelqu'un reçoive le souffle de vie pour commencer à vivre une première fois. Donc une nouvelle naissance, sauf que dans le texte grec il n'y a pas de « nouvelle ». Or, vue que Jésus ne pouvait parler d'autre chose que d'une nouvelle naissance, nos Bibles y rajoutent ce qui y manque de toute évidence.
Il y a bien plus à dire sur tous ces sujets. Mais pour en donner un bref aperçu, abordons maintenant la dernière pièce manquante du puzzle : la foi !
La foi

Par Chris Zürcher. Page mise à jour le 15 mars 2026
By Chris Zürcher. Site updated on 14 July 2026
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