Dans le monde évangélique on décrit la foi chrétienne comme une relation authentique avec Jésus. Ces milieux refusent le label « religion » ou « programme religieux », pour eux, la foi c'est une chose très personnelle qu'on peut sentir et en être sûr, comme l'assurance du salut. Le seul fait que j'utilise ces deux termes « programme » ou « religion » va repousser ces personnes, car elles se vantent précisément de ne pas suivre un programme, ni d'être une religion. Quoi qu’il en soit, que vous décriviez vos convictions comme un sentiment ou une relation, je les désignerai sous le terme de « programme », car celui-ci comprend, à tout le moins, une profession de foi que chaque mouvement épicera selon ses propres préférences. Qu'est donc la foi ?
Je n'oublierai jamais la prédication de mon ami, le théologien et professeur fidèle à la parole de Dieu, dans laquelle il évoquait son souvenir d'une campagne d'évangélisation « au marteau-piqueur » qu'il avait mené en Autriche pour ramener les brebis perdues sur le droit chemin. Comme toujours, son message avait été aussi simple que clair : Vous naissez avec un cœur noir et à moins que vous ne vous repentissiez de vos péchés et que vous ne commenciez à avoir une relation authentique avec le Seigneur Jésus et la foi en Dieu, vous allez en enfer. A la fin de l’évangélisation, une brave bourgeoise s'est approchée du théologien et lui a fait remarquer : « Si ce que vous dites est vrai, j'irai en enfer pour l'éternité ! » incrédule que Dieu puisse réserver un supplice éternel à une citoyenne honnête. Avec un sourire angélique il a tendu la main depuis la chaire pour mimer la réponse par laquelle il avait alors rétorqué à la sortie de l'église : « Je vous félicite ! » s'est fièrement souvenu l'homme de Dieu de sa réponse en lui serrant la main, « vous avez tout à fait compris ! » J'étais époustouflé : Moi aussi, je voulais et devais répandre cette bonne nouvelle de l'immense amour de Dieu avec le même charisme et la même fermeté au monde entier. Fidèle à la Parole de Dieu : Entre le noir et le blanc, le bien et le mal, je voulais être du bon côté dans l'histoire du monde. Fidèle à la Parole de Dieu, jusqu'à en gerber.
Mais bibliquement parlant, qu’est-ce que la foi ! Commençons au début, à savoir dans l’Ancien Testament :
Je n'oublierai jamais la prédication de mon ami, le théologien et professeur fidèle à la parole de Dieu, dans laquelle il évoquait son souvenir d'une campagne d'évangélisation « au marteau-piqueur » qu'il avait mené en Autriche pour ramener les brebis perdues sur le droit chemin. Comme toujours, son message avait été aussi simple que clair : Vous naissez avec un cœur noir et à moins que vous ne vous repentissiez de vos péchés et que vous ne commenciez à avoir une relation authentique avec le Seigneur Jésus et la foi en Dieu, vous allez en enfer. A la fin de l’évangélisation, une brave bourgeoise s'est approchée du théologien et lui a fait remarquer : « Si ce que vous dites est vrai, j'irai en enfer pour l'éternité ! » incrédule que Dieu puisse réserver un supplice éternel à une citoyenne honnête. Avec un sourire angélique il a tendu la main depuis la chaire pour mimer la réponse par laquelle il avait alors rétorqué à la sortie de l'église : « Je vous félicite ! » s'est fièrement souvenu l'homme de Dieu de sa réponse en lui serrant la main, « vous avez tout à fait compris ! » J'étais époustouflé : Moi aussi, je voulais et devais répandre cette bonne nouvelle de l'immense amour de Dieu avec le même charisme et la même fermeté au monde entier. Fidèle à la Parole de Dieu : Entre le noir et le blanc, le bien et le mal, je voulais être du bon côté dans l'histoire du monde. Fidèle à la Parole de Dieu, jusqu'à en gerber.
Mais bibliquement parlant, qu’est-ce que la foi ! Commençons au début, à savoir dans l’Ancien Testament :
Le terme hébreu pour « foi » est neemuna. L’adjectif pour « croyant » est neeman. La majorité des termes en hébreu (noms, verbes, adjectifs, participes etc.) sont construits avec trois consonnes, appelées « racines ». C’est principalement en rajoutant des préfixes ou des suffixes, et en modifiant les voyelles, aussi en l’intérieur de ces consonnes, que tout le vocabulaire se construit. Ainsi, les trois consonnes utilisées pour construire le terme « foi » en hébreu sont ‘mn (אמן). En français ceci a donné l’expression « amen », qu’on pourrait traduire par « qu’il en soit ainsi » ou « c’est vrai ». Il y a plusieurs termes dérivés de cette racine ‘mn, dont voici quelques exemples :
Comme on peut le voir dans le tableau ci-dessus, dans le Nouveau Testament (en grec), le mot « foi » est pistis, et l’adjective « croyant » est pistos. Il y a plusieurs exemples intéressants où dans le même verset le même terme signifie deux choses différentes comme dans 1 Samuel 2.35 listé plus bas (car dans ce premier cas l'adjectif se réfère à une personne, et dans le deuxième à une dynastie). En guise d’illustration, voici Esaïe 7.9b ou le verbe pour croire est conjugué dans deux formes différentes (cité selon la TOB) :
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Si vous ne croyez (‘mn) pas, vous ne subsisterez (‘mn) pas.
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La LXX ou Septante (c'est quoi la LXX?) est la plus ancienne traduction intégrale de la Bible hébraïque et araméenne dans la langue grecque ancienne. La LXX est intéressante à lire car elle montre comment les Juifs de l'époque de Jésus comprenaient le Tanakh (l'Ancien Testament). Ainsi, la traduction d’Esaïe 7.9b cité plus haut utilise pour le verbe hébreu ‘mn deux verbes grecs différents, à savoir pisteuô (« croire ») et suniêmi (litéralement « mettre ensemble »). Or, comme le montre la petite liste suivante (loin d'être exhaustive), le terme « foi » et ses dérivés basés sur ‘mn (אמן) ont diverses significations, dont « foi » ou « croyant » ne sont qu’une de maintes traductions possibles :
Ce qui m’a frappé en lisant l’Ancien Testament (je le lis toujours en Hébreu avec la traduction grecque de la LXX à côté), c’est de noter cette variété de significations que véhiculent le terme ‘mn en hébreu, resp. pistis en grec, tout comme leur termes dérivés. Les traducteurs ont aucun problème à recourir à un vaste vocabulaire quand il s’agit de traduire l’Ancien Testament. Mais quand ils arrivent au Nouveau Testament, le terme grec pistis devient presque systématiquement « foi » (sous-entendu « en Jésus-Christ »). « Croire » et « avoir la foi » sont tellement ancrés chez les chrétiens, qu’il leur est impossible de voir « the bigger picture ». Je vais illustrer cela avec un verset où traduire le verbe pisteuô par « croire » ne fait aucun sens et malgré cela, certaines Bibles s’accrochent au « programme » que représente « avoir la foi » (en Jésus). Dans 1 Timothée 2.15 Paul parle de la femme :
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« Elle sera néanmoins sauvée en devenant mère si elle persévère dans la foi, dans l'amour, dans la sanctification, avec modestie. »
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Les femmes non mariées vont-elles en enfer ? Les femmes stériles sont-elles damnées ? Les épouses doivent-elles mettre au monde des enfants pour aller au ciel ? Or, ce n’est pas comme cela que les gens pensaient à l'époque. Pour une femme, avoir des enfants était une expression de sa féminité naturelle, d’une vie normale et humaine. Dans le temps, les femmes ne restaient pas célibataires, elle se mariaient – et elles se mariaient beaucoup plus jeunes que c’est le cas chez nous aujourd’hui. Dans un monde ou la contraception n’existait pas, faire des bébés était une des choses les plus difficiles à éviter. Donc, si vous enlevez les lunettes ecclésiastiques et que vous traduisez le verset cité ci-dessus de manière neutre, il lirait :
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« Mais elle sera sauvée (ou préservée) en devenant mère, si elle demeure en honnêteté (pistis), en amour et en dévotion, avec raisonabilité. »
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Vous voyez, le long programme ecclésiastique des sept sacrements et des bonnes œuvres (pour les catholiques), du parler en langues et des dons spirituels (pour les charismatiques) les trois piliers (pour l'église anglicane) ou ce que les divers mouvements peuvent bien empaqueter dans le grand conteneur « foi » disparait. Paul ne parle ici que d'une femme qui mène une vie humaine en harmonie avec sa vocation naturelle. Jamais être un brave chrétien a été une condition pour être sauvé, même si c'est peut-être ce que nos Bibles traduites dans nos langues peuvent suggérer. La vraie religion n'a jamais consisté à respecter des règles et à suivre un programme. Les adversaires qui opposaient les apôtres dans Actes 15 par exemple argumentaient qu'il fallait être ou devenir juif pour être sauvé. N'est-il pas triste que les murs de séparation du judaïsme que Jésus et les apôtres voulaient abattre, les chrétiens les ont reconstruits au maints goûts ecclésiastiques, car aujourd'hui c'est l'Église qui réserve le salut aux chrétiens, mais seulement aux vrais, bien évidemment. J'avoue qu'il est facile de tomber dans le piège, car les chrétiens d'origine païenne devaient s'abstenir des idoles, ce qui résonne dans nos oreilles comme une interdiction d'ordre religieux. Or, le problème des autres dieux était de l'ordre éthique, il suffit d'étudier un peu les dieux grecs pour s'en rendre compte. Le critère du salut n'a jamais été d'ordre religieux, il a toujours été de l'ordre éthique. Il ne faut pas d'observer la loi (qu'elle soit chrétienne ou juive), il faut mettre en pratique son esprit.
Je me suis marié dans la foi
S'il y a une personne qui a fanatiquement poursuivi le programme de l'aile extrême droite du mouvement évangélique de la manière la plus farouche, c'est bien moi. Mes critères pour trouver une femme à marier était tous presqu'exclusivement d'ordre théologiques. Je me suis marié dans la foi. Sur le papier mon ex-femme remplissait tous les critères. Si je n'avais seulement écouté mon esprit, la douce voix du coeur, je me serais pas marié. Ma tante (la femme de l'Italien) tout autant que mon beau-frère m'avait averti, tellement notre incompatibilité était évidente. Or, la seule incompatibilité dont je reconnaissait l'existence était de l'ordre de la foi. Ma future compagne devait croire en Jésus. De la bonne manière ! Ce que j'avais appris à l'église et dans mon entourage, c'est que si deux personnes aiment Jésus, il leur sera impossible de ne pas s'aimer mutuellement eux-aussi. Convaincu d'être spirituel, j'étais le chrétien le plus charnel qui soit. J'ai plus d'une fois failli rompre nos fréquentations, mais avec les encouragements de mon ami, le professeur fidèle à la Parole de Dieu, j'ai tenu bon face aux attaques du diable, qui voulait nous séparer. Comme j’avais été irréprochable dans ma procédure pour trouver une épouse, fidèle à la Parole de Dieu, dirigé par le Saint Esprit et avec une foi inébranlable en la guidance de Jésus, j’étais fermement convaincu d’avoir trouvé la femme de mes rêves, à tel point que j’ai écrit une chanson pour ma compagne intitulée « c’est elle ! » Et je racontais à tout le monde que j’avais trouvé une perle. Il n’y a aucun doute qu’elle a été et qu’elle sera toujours une excellente maman, la meilleure pour mes enfants. Je n’ai aucune intention d’attaquer mon ex-femme, ce que je dis, c'est que ma compréhension de la « foi » était une absurdité absolue.
La vraie foi
Or, la foi, c'est l'assurance des choses qu'on espère, la démonstration de celles qu'on ne voit pas.
Hébreu 11.1
Hébreu 11.1
La foi ce n'est pas un programme, c'est la preuve visible de réalités qui ne le sont pas encore ! La foi c'est cette douce voix, cette conviction intérieure qui voit la réalisation de choses qui ne sont pas encore visibles. Plus jamais de ma vie je ne suivrais un programme. La raison, c'est bien pour faire des calculs mathématiques, mais pour la vie, il faut suivre l'esprit, la douce voix du cœur.
Je reviens à Ésaïe 7.9 :
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« Si vous ne croyez pas, vous ne subsisterez pas ! »
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On pourrait traduire également par « si vous ne faites pas confiance, vous ne serez pas confirmés » ou « si vous n’êtes pas fidèles, vous ne serez pas supportés ». C'est le même verbe 'mn, une fois à l'actif (croire, faire confiance), une fois au passif (être subsisté, supporté ou confirmé). J'aime bien ce verset, car la vraie foi est directement liée à la subsistance. La foi ce n’est pas un exercice abstrait, un programme religieux qu’on suit, c’est du concret, la face visible d’une vraie réalité invisible. Bien sûr, ces réalités invisibles peuvent être de l’ordre général, tel que l’amour, la persévérance, la fiabilité ou le pardon. Mais elles peuvent aussi avoir un caractère très personnel, qui ne s’appliquent qu’à vous et à votre situation.
Par Chris Zürcher. Page mise à jour le 4 juillet 2026