1plus2
  • Début
  • Aperçu
  • Blog
  • Anfang
  • Übersicht
  • Blog
  • Home
  • Overview
  • Blog
  • בית
  • סקירה
  • בלוג

Le monde des dieux bibliques

Ceci est un petit extrait de mon livre (mais les notes et références sont partiellement incomplètes ou se réfèrent occasionnellement à du contenu traité seulement dans le livre). On peut résumer ce sous-chapitre par une phrase :
Le problème des autres dieux n'a jamais été d'ordre religieux, il a toujours été d'ordre éthique. 

Les dieux de la Bible

La plupart des lecteurs de cette esquisse sont probablement – si théistes – monothéistes. Dans notre compréhension nous exprimons ainsi qu'il n'y a qu'un seul Dieu. Mais bibliquement parlant, il n'y a pas qu'un seul Dieu, mais beaucoup. En hébreu, le mot « Dieu » est au pluriel (Élohim), il faudrait donc le traduire littéralement par « Dieux ». Pour cette raison, c'est parfois seulement le contexte de l'Ancien Testament qui permet au lecteur hébreu de distinguer entre « Dieu » (Élohim) et « dieux » (aussi « Élohim » les deux noms sont identiques[1]). Ce qui distingue Dieu des dieux, c'est qu'il est « au-dessus de tous les dieux » (Ps 135, 5). Strictement parlant, la Bible ne nous présente pas un monothéisme, mais ce qu’on appelle un hénothéisme. Contrairement au monothéisme, l'hénothéisme reconnaît l'existence d'autres divinités et êtres surnaturels inférieures (séraphins, anges, démons, etc.). Proprement dit, la foi des juifs et des chrétiens est donc hénothéiste. 

Concrètement, dans Exode 12.12 Dieu veut exercer « des jugements contre tous les dieux de l’Égypte ». Dans Jérémie 43.12 il les conduit en captivité. Dans le livre Job « les fils de Dieu » (2.1) se rassemblent, et « Satan vint aussi au milieu d’eux se présenter devant l’Éternel ». Et (non seulement) le livre d'Ézéchiel grouille d'êtres surnaturels, certains ont quatre visages et quatre ailes (chapitre 1 entre autres) et les séraphins (terme dérivé du verbe hébreu « brûler ») en avait même six (Es 6.2 etc.). Quant aux chérubins, ils gardaient le jardin d'Éden (Gn 3.24) et leurs représentations veillaient plus tard sur l’arche de l’alliance qui se trouvait dans le Saint des Saint à l’intérieur du tabernacle (cf. Ex 37), respectivement dans le premier temple avant l’exil babylonien. Nous trouvons aussi des anges, mais ils n'ont des ailes qu'à Hollywood, dans notre imagination et dans les représentations ecclésiales. Si vous cherchez des anges ailés, c’est en vain que vous fouillerez dans les Saintes Écritures. Parmi ces messagers célestes – souvent anonymes – deux sont nommés, à savoir Michel et Gabriel (dans le Livre de Daniel et dans le Nouveau Testament).
En Orient, la puissance des dieux n’était mesurée en fonction de leurs succès militaires pas seulement par les pharaons. Le même principe est aussi clairement ancré dans la Bible. L'audace du prophète Jérémie est probablement difficile à appréhender quand on lit ses discours de jugement sur les dieux païens dans un fauteuil confortable. Jérémie dût assister de son vivant à la défaite de plusieurs villes de Judée infligée par les Babyloniens. Finalement, même Jérusalem fut détruite par la puissance mondiale de l'époque lors du dernier des trois sièges successifs (586 av. J.-C.). Contrairement à la conclusion évidente selon laquelle le Dieu des Juifs était inférieur aux dieux des autres peuples, Jérémie affirma que l'exil était la conséquence de l'infidélité des Juifs envers leur Dieu. A une époque où tout semblait prouver le contraire, Jérémie ne prononça pas seulement des jugements sur Amôn, le dieu principal de la ville de No (Thèbes) dans le sud de l'Égypte (Jr 46.25 ss.), sur Kemoch, le Seigneur des Moabites (Jr 48.1 ss.), ou sur Milkom, la divinité des Ammonites (Jr 49.1 ss.), il osa même affirmer que ce serait le Dieu de la Bible lui-même qui mettrait fin aux divinités babylonienne. Non seulement les Babyloniens, non seulement leurs dirigeants, même leurs dieux Bel et Merodak et les idoles qui les représentaient s'exileront eux-aussi (Jr 50.2 ss.).

L'Esprit de Dieu lui-même n'est qu'un esprit parmi d’autres que nous rencontrons dans la Bible. Un terme fallacieux est le mot « démon ». Alors que nous lisons dans Psaume 96.5 que « tous les dieux des peuples sont de faux dieux », la Septante traduit littéralement par « car tous les dieux des peuples sont des démons ». Le mot grec « démon » (daimonion[2]) n'est rien de plus qu'un diminutif. Le suffixe « ion » est une forme diminutive comme le « lein » en allemand. Ceux qui maîtrisent la langue germanophone peuvent ainsi transformer un « jardin » (Garten) en un « petit jardin » (Gärtlein), une « Madame » (Frau) en une « Mademoiselle » (Fräulein) et un « homme » (Mann) en un « bonhomme » (Männlein). En français ce phénomène linguistique est plus rare, mais il existe. Ainsi, nous pouvons faire d’un ruisseau un petit ruisseau en ajoutant « let », un ruisselet. Les démons n'étaient donc rien d'autre que des formes inférieures de divinités, juste de « petits dieux ». Quand Paul parlait à l’Aréopage à Athènes de Jésus, certains philosophes épicuriens et stoïciens se demandaient s'il parlait de « divinités étrangères » (Ac 17.18). Luc se sert ici du mot grec « démons ». Nos Bibles traduisent donc ce terme différemment selon le contexte, ce qui peut facilement induire en erreur. J'ai grandi dans un contexte d'église où les « démons » étaient qualifiés d’êtres sataniques, dont certains s'imaginent peut-être des créatures avec des queues noires, des yeux rouges, une fourchette et un souffle brulant. Sur le plan linguistique, cependant, le terme grec était initialement neutre et n'était pas lié à Satan. Il est remarquable dans ce contexte que Jésus, dans Matthieu 25,41, ne qualifie pas les serviteurs de Satan de « démons », mais d'anges du diable. Ce n'est qu’au cours de l'histoire de l'Église que les démons sont devenus diaboliques. A noter également que le fameux père de l'Église Augustin, encore au cinquième siècle de notre ère, considérait dans son œuvre latine « La Cité de Dieu » les termes « démon » et (petit) « dieu » comme interchangeables[3]. Ainsi, dans la Bible, les démons ne sont pas mauvais (dans le sens diabolique), ils sont impurs. Nous y reviendrons. Les dieux étaient :
  1. nationaux :
    • « Où sont les dieux de Hamath et d’Arpad ? Où sont les dieux de Sepharvaïm ? Ont-ils délivré Samarie de ma main ? Parmi tous les dieux de ces pays, quels sont ceux qui ont délivré leur pays de ma main, pour que l’Éternel délivre Jérusalem de ma main ? » (Es 36.19-20)
    • « Y a-t-il une nation qui change ses dieux ? » (La réponse à cette question rhétorique est « non » – Jér 2.10)
  2. géographiques :
    • « Leur dieu est un dieu des montagnes ; c'est pourquoi ils ont été plus fort que nous. Combattons-les plutôt dans la plaine, on verra bien si nous ne serons pas plus forts qu'eux » (1R 20.23)
    • « Car tu as autant de dieux que de villes … ! » (Jér 11.13)
  3. familiaux :
    • « Le Dieu d’Abraham et le Dieu de Nakhor » traduction Darby[4] (Gn 31.53)
    • « Crois au Seigneur Jésus, et tu seras sauvé, toi et ta famille. » (Ac 16.31)
Il faut noter que la Bible fait une différence entre les dieux (ou autres êtres surnaturels) et les idoles. Les dieux étaient réels, alors que les idoles n'étaient que des représentations humaines de puissances (« Elles ont une bouche et ne parlent pas, elles ont des yeux et ne voient pas » Ps 115.5 et bien d'autres). Les humains pouvaient détruire les idoles, mais aucun homme ne pouvait détruire les dieux. Et tandis que les prophètes pouvaient se moquer des idoles (« Elie se moqua d’eux et dit : Criez à plus haute voix, puisqu’il est dieu, il pense à quelque chose, ou il est occupé, ou il est en voyage ; peut-être qu’il dort et qu’il se réveillera. »1 R 18.27), les dieux quant à eux ne devaient pas être traités à la légère (« Car nous n’avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les principautés, contre les pouvoirs, contre les dominateurs des ténèbres d’ici-bas, contre les esprits du mal dans les lieux célestes. » Ep 6.12).

Nous trouvons une version textuelle intéressantes dans Deutéronome 32.8, qui déclare que Dieu « fixa les limites des peuples d’après le nombre des fils d'Israël ». Des variantes de textes hébraïques trouvées dans les grottes de Qumrân ainsi que la LXX, cependant, parlent ici de « suivant le nombre des fils de Dieu », resp. « suivant le nombre des fils des dieux », ou encore « suivant le nombre des anges de Dieu », c’est-à-dire des êtres surnaturels[5]. Erich Scheurer est donc convaincu que Moïse parle des dieux ici[6]. Dans Genèse 10, les 70 nations qui descendent de Noé sont nommées. Selon cette lecture, il y avait donc 70 dieux principaux, un pour chaque nation. Nous trouvons des idées similaires dans des passages hébraïques du texte massorétique, sur lequel sont basées nos traductions bibliques, par exemple dans Deutéronome 29.25. Dans ledit passage, le Dieu des Juifs est présenté comme le plus grand de tous les dieux, qui n'a assigné aucun autre dieu au peuple d’Israël (« des dieux qu'ils ne connaissaient pas et qu'il ne leur avait pas donnés en partage. »)
C’est donc le Dieu de la Bible lui-même qui a donné des dieux en partage aux nations
Le juge Jephthé en savait autant. C'est pourquoi il conseilla au roi des Ammonites de se contenter de ce que son dieu Kemosch lui avait assigné (« Ce que Kemosch, ton dieu, t'a donné à posséder, ne le possèdes-tu pas[7]? »). Car Israël aussi n’avait pris en possession uniquement les terres que le Dieu des Juifs leur avait prédéterminées (Jg 11.24). Mais le roi belligérant des Ammonites ne voulait rien savoir des négociations diplomatiques avec Jephthé, et ainsi la guerre éclata pour se terminer en faveur des Hébreux. Le livre du prophète Daniel met également en relief des pensées similaires. Quand le prophète se trouve au Tigre et qu’un être angélique lui donne une vision du monde invisible, il est question du chef du royaume de Perse de même que du chef du royaume de Grèce, que seul l'ange parlant avec Daniel – s’agit-il de Gabriel ? – et l'ange Michel (Dn 10.4-21) sont en mesure de combattre. Les différentes nations sont donc sous la direction de chefs divins différents, de sorte que les guerres sur terre ne soient que le côté visible d'une réalité invisible.
​
Dieu avait acquis les Hébreux de l'esclavage en Égypte avec beaucoup d'efforts et de dévotion, avec des miracles et de grands signes. Ainsi, la relation entre Dieu et Israël était comparable à une relation entre Suzerain et vassales : Dieu avait la souveraineté, Israël lui était subordonné. Dans l’antiquité les Hittites avaient créé une forme standardisée et répandue de contrat comme norme entre les suzerains et le sujet correspondant. Ces contrats se composait de six parties[8] :
  1. Préambule
  2. Prologue historique
  3. Dispositions
  4. Bénédictions et malédictions
  5. Témoins
  6. Clause
Exode 20-24, où nous trouvons les Dix Commandements, est structuré d’après ce modèle :
  1. Préambule : L’identité de Dieu et sa souveraineté (Ex 20.1-2a)
  2. Prologue historique : Délivrance de l’esclavage (Ex 20.2b)
  3. Dispositions : Les Dix Commandements et plusieurs applications (Ex 20.3-23.19)
  4. Bénédictions et malédictions : Protection et châtiments par l’Ange de l’Éternel (Ex 23.20-33)
  5. Témoins : Moïse, Aaron et ses fils ainsi que les Anciens (Ex 24.1-3 et 9-18)
  6. Clause : Conclusion de contrat par le sacrifice d’animaux[9] (Ex 24.4-8)
A plusieurs reprises, la relation entre Israël et Dieu est également comparée à la relation qu’une épouse est censée avoir avec son mari. « L’infidélité religieuse » est souvent comparée à la « l’adultère » (« elle a commis l'adultère avec la pierre et le bois » Jér 3.9).

​Le commandement de ne pas servir d'autres dieux, cependant, remonte à l'époque de Moïse, après que l’Éternel ait prouvé avec des moyens élaborés qu'il était vraiment Dieu. Cette interdiction de servir d'autres dieux ne s'appliquait donc qu'à Israël. 


Ce commandement ne concernait pas les autres nations, car les autres ethnies entretenaient des relations « suzerain-vassal » envers leurs propres divinités similaires à celles qu'entretenait Israël avec son Dieu.
Le patriarche Jacob, cependant, ne pouvait pas encore réclamer autant. Quand il dût fuir son frère en colère et que Dieu lui apparut à Béthel, il fit une promesse (Gn 28.20-21) :
« Jacob fit un vœu en disant : Si Dieu est avec moi et me garde sur la route où je vais, s’il me donne du pain à manger et des habits pour me vêtir, et si je retourne en paix à la maison de mon père, alors l’Éternel sera mon Dieu. »
Jacob ne se « convertit » pas en lisant un tract pendant deux minutes, il ne se rendit pas à la chaire après une évangélisation de 45 minutes pour se repentir. Pour lui, Dieu devait d'abord devenir une réalité vécue. Bien des années plus tard, lorsque Jacob était devenu un clan important avec 4 femmes, une dizaine d’enfants, des serviteurs et avec de grands troupeaux, il parla ainsi (Gn 32.10-11) :
« Dieu de mon père Abraham, Dieu de mon père Isaac, Éternel, qui m’as dit : Retourne dans ton pays et dans ta patrie, et je te ferai du bien ! Je suis trop petit pour toute la bienveillance et pour toute la fidélité que tu as témoignée à l’égard de ton serviteur ; car j’ai passé ce Jourdain avec mon bâton et maintenant je forme deux camps. »
Les théologiens chrétiens attribuent la mort prématurée de Rachel souvent au fait qu'elle avait volé les idoles de son père (Gn 31.34) – une conclusion chrétienne qui interprète le premier livre de la Bible avec des convictions ecclésiales. L'intérêt de la femme de Jacob pour les idoles domestiques de sa famille était l’expression de sa crainte de Dieu, pas de son impiété. Son seul acte contraire à l'éthique était le vol, que Jacob – ignorant de ce que sa femme avait – condamna d'une malédiction (« Mais celui auprès duquel tu trouveras tes dieux y laissera la vie ! » Gn 31.32). La décision de se séparer des autres dieux, Jacob ne l’a prise que plus tard (Gn 35.2). Déjà Abraham craignait que le roi Abimélek manque de crainte de Dieu. Or, pour le patriarche l’impiété ne se manifestait pas par un culte idolâtre ou en servant d’autres divinités, Abraham mesurait la crainte de Dieu à l’humanisme, c’est-à-dire à l’éthique (« Je me disais qu’il n’y avait sans doute aucune crainte de Dieu en cet endroit, et que l’on me tuerait à cause de ma femme. » Gn 20.11). De même, quand Dieu promit à Abraham de faire de lui un grand peuple, il lui fit aussi savoir que ses descendants seraient des étrangers pendant 400 ans avant de revenir d'Égypte à Canaan. Ce n'est qu'alors que les Hébreux prendraient possession de la terre promise. Et Dieu indiqua également la raison pour cet atermoiement (Gn 15.16) :
« A la quatrième génération, ils reviendront ici ; car c’est alors seulement que la déchéance morale des Amoréens aura atteint son comble. »
Ce ne sont donc pas les dieux des Amoréens qui étaient le problème, c'était leur déchéance morale.
Lorsque plus de 1’000 ans plus tard, le commandant araméen Naaman fut guéri de la lèpre par le prophète Élisée dans le Jourdain, le général décida de ne servir dorénavant que le Dieu des Juifs. En tant que serviteur du roi, cependant, il était dans l’obligation d'aller au temple du dieu Rimmôn pour accompagner son maître aux sacrifices. Lorsqu'il demanda la permission à Élisée, le prophète lui répondit : « Va en paix ! » (2 R 5.19). Voilà un autre passage de l'Ancien Testament qui rencontre facilement de l’incompréhension ou des critiques de la part des théologiens chrétiens. En tant que chrétien évangélique, je n'aurais jamais osé, dans mon passé, entrer dans une mosquée ou un temple hindou.
​

A la fête des Tabernacles, qui durait sept jours, 70 taureaux étaient sacrifiés selon les prescriptions mosaïques (Nb 29.12-34). Les rabbins associaient ce nombre aux 70 peuples des nations de Genèse 10. « Les maîtres d'Israël déclaraient que les sacrifices des 70 taureaux furent offerts chacun en faveur des nations du monde », commente Roger Liebi à ce sujet[10]. L'universalisme est exprimé dans les écrits canoniques à divers endroits. Déjà à Abraham Dieu avait promis « Toutes les nations de la terre se diront bénies par ta descendance, parce que tu as écouté ma voix. » (Gn 22.18). Le prophète Isaïe poursuivit cette pensée (Es 2.2-4) :
« Il arrivera, à la fin des temps, que la montagne de la Maison de l’Éternel sera fondée sur le sommet des montagnes, qu’elle s’élèvera par-dessus les collines, et que toutes les nations y afflueront. Des peuples nombreux s’y rendront et diront : Venez, et montons à la montagne de l’Éternel, à la maison du Dieu de Jacob, afin qu’il nous instruise de ses voies, et que nous marchions dans ses sentiers. Car de Sion sortira la loi, et de Jérusalem la parole de l’Éternel. Il sera juge entre les nations, il sera l’arbitre de peuples nombreux. De leurs épées ils forgeront des socs et de leurs lances des serpes : Une nation ne lèvera plus l’épée contre une autre, et l’on n’apprendra plus la guerre. »
Nous consacrerons plus loin notre attention au rôle fondamental que cette pensée a joué dans le premier mouvement chrétien, lorsque nous examinerons pourquoi le « tournant » des nations vers le Dieu juif ne peut signifier une « conversion » des peuples dans le sens que véhicule ce terme de nos jours. Mais avant de nous tourner vers les idéologies universalistes des premiers chrétiens, nous devons éclairer le contexte du Nouveau Testament sous d'autres angles. A cet effet, nous devons d’abord nous attarder un peu dans l'Ancien Testament :
 
Un des prophètes le plus prêché est Jonas. Étonnamment, c’est aussi un des prophètes le plus critiqué. Ce petit livre, composé de seulement 4 chapitres, est apparemment un des livres les plus simples de toute la Bible. Déjà à l'école du dimanche, les enfants apprennent à le connaître. Jonas est l'un des rares prophètes du royaume du nord avec la capitale Samarie. Dieu lui ordonna de conduire les habitants de la ville de Ninive – une métropole mésopotamienne dans l'Irak actuel – à la repentance. Ninive était la capitale de l'empire de cette époque, les Assyriens. Quand il reçut cet ordre, il n'hésita pas, se rendit au port de Jaffa et acheta un billet pour partir avec un navire marchand à Tarsis, un port de la péninsule ibérique (de notre actuelle Espagne), qui se trouvait à l'autre bout du monde connu, dans la direction diamétralement opposée de Ninive. Le prophète espérait ainsi échapper à la mission de Dieu, étant donné que selon ses propres explications il craignait Dieu (Jon 1.9), au point de ne pas rester chez lui en Israël. Mais une grande tempête – signe manifeste de la colère des dieux – tira un trait à ses intentions. Quand le sort tomba sur Jonas, le fuyard dut expliquer sa désobéissance aux matelots du navire et leur demanda de le jeter vivant par-dessus bord, un geste désespéré que l’équipage ne réussit finalement pas à éviter. Or, un gros poisson l'avala vivant et le sauva de la noyade. Trois jours plus tard, il le cracha sur la terre ferme. Contre sa volonté, Jonas dut finalement quand même avertir les Ninivites de la colère de Dieu, les avertissant que la ville serait détruite 40 jours plus tard. Et ce que le prophète avait craint le plus, arriva : Les Ninivites se repentirent et Dieu se repentit à son tour : « Dieu vit qu’ils agissaient ainsi et qu’ils revenaient de leur mauvaise voie. Alors Dieu se repentit du mal qu’il avait résolu de leur faire, et il ne le fit pas » (Jon 3.10). Jonas est l’un des prophètes les plus bizarres. Il prédit la destruction d’une ville qui est indestructible, et – quel miracle ! – elle n’est pas détruite !
Jonas 4.1-3 :
« Cela déplut fort à Jonas, et il fut irrité. Il implora l’Éternel, et il dit : Ah ! Éternel, n’est-ce pas ce que je disais quand j’étais encore dans mon pays ? C’est ce que je voulais prévenir en fuyant à Tarsis. Car je savais que tu es un Dieu compatissant et miséricordieux, lent à la colère et riche en bonté, et qui te repens du mal. Maintenant, Éternel, prends-moi donc la vie, car la mort m’est préférable à la vie ! »
L'appel sérieux au plus tard à la fin du sermon de ne pas fuir Dieu, contrairement à Jonas, ne manque dans aucune litanie d'église. L'attitude du prophète de ne pas vouloir éviter le jugement de Dieu sur Ninive ne rencontre que de l’incompréhension. Or, toute l'explosivité de ce livre se perd parce que le prophète lui-même ne fait qu'une vague référence au contexte dans lequel l'histoire doit être placée. Une indication explicite des événements précédents n'était pas nécessaire au moment de la rédaction du présent écrit, parce que tous connaissaient à l'époque à quel moment politiquement très explosif cela s'est produit. Une invasion assyrienne d'Israël peut être datée de 805 av. J.-C., lorsque Jonas était probablement encore enfant. Adad-Nirâri III a laissé derrière lui une description détaillée de son expédition en Israël dans la cinquième année de son règne, quand – d’après la stèle de Rimah – il soumit Joas de Samarie[11]. Selon les récits bibliques, « l’Éternel avait vu la très cruelle humiliation d’Israël » (2 R 14.26) et sur la prophétie de Jonas, le roi israélite suivant, Jéroboam II, « rétablit la frontière d'Israël ».
 
En quoi cette humiliation était si « cruelle » n'est pas expliqué dans la Bible, mais on peut le trouver dans des livres d'histoire. La cruauté des Assyriens était connue et sévit pendant plusieurs siècles. Dans son livre The Ancient History of the Near East[12] Henri R. Hall nous donne une description détaillée de la procédure de guerre du roi assyrien Ashur-Nasir-Pal II (883-859) :
​« Sa procédure habituelle après la prise d'une ville hostile était de la brûler, puis de mutiler tous les prisonniers adultes en leur coupant les mains et les oreilles et en leur arrachant les yeux ; après quoi, ils étaient empilés en un grand tas, pour périr torturés par le soleil, les mouches, leurs blessures et la suffocation ; les enfants, garçons et filles, étaient tous brûlés vivants sur le bûcher ; et le chef fut transporté en Assyrie pour être écorché vivant, pour la délectation du roi. L’organisation militaire de l'État assyrien était due à Ashur-Nasir-Pal et son fils Shalmaneser II, qui soumettait bientôt l'Asie occidentale. »
Il est possible que Jonas ait dû voir de ses propres yeux la cruauté proverbiale alors qu’il était enfant, lorsque des amis ou peut-être même des membres de sa famille furent entraînés dans les guerres. Cela expliquerait aussi pourquoi il fut si mécontent de son propre succès auprès des Ninivites lorsque ceux-ci se repentirent. Quand j'ai commencé à comprendre le contexte historique de ce prophète, j’ai aimé Jonas pour la première fois de ma vie.
Mais la raison pour laquelle je parle de Jonas ici, est la suivante : Quand Dieu chargea Jonas d'aller personnellement à Ninive – la capitale des Assyriens – il lui en a aussi indiqué la raison : « Car sa méchanceté est montée jusqu’à moi. » (Jon 1.2). Il nous échappe facilement que Dieu ne mentionne pas « la concurrence ». Ce n'étaient pas les dieux assyriens qui posaient un problème, c'était la cruauté de la puissance mondiale de l’époque. Ainsi, nous voilà arrivés au point crucial :
Le problème biblique des autres dieux est leur inhumanité !
Ce n’est pas la religion qui est au centre du problème, c’est l'éthique.
L'idée que dans l'Ancien Testament tous les peuples de toutes les nations à l’exception des Israélites allaient directement en enfer, parce qu'ils ne servaient pas le Dieu des Juifs est donc absurde. Hénoc, Noé ou Job par exemple étaient eux-mêmes pas Juifs. Lorsque la veuve Noémi retourna de Moab à Bethléem, elle exhorta ses deux belles-filles moabites, Ruth et Orpa, à rentrer (Ruth 1:8) : « Allez, retournez chacune dans la maison de sa mère ! » Puis elle leur souhaita la bénédiction de Dieu :
« Que l’Éternel use de bienveillance avec vous, comme vous l’avez fait envers ceux qui sont morts et envers moi. »
Dieu était donc censé faire preuve de bonté envers des femmes moabites – c'est-à-dire des femmes étrangères qui avaient d'autres dieux et offraient des sacrifices à d'autres divinités. Si Noémi avait cru que les Moabites iraient tous en enfer parce qu'ils avaient « une autre religion », elle aurait dû inciter ses belles-filles à l'accompagner en Israël.  
 
« Voici que ta belle-sœur est retournée à son peuple et à ses dieux ; retourne à la suite de ta belle-sœur, » (Rut 1.15) insista Noémi auprès de Ruth. Noémi était visiblement convaincue que les Moabites décents ne vont pas plus en enfer que les Juifs honnêtes le font, indépendamment de leurs dieux respectifs. Or, cette veuve bénit les deux belles-filles (veuves elles aussi), bien qu'une seule d'entre elles se soit convertie finalement au judaïsme : « Ton peuple est mon peuple et ton Dieu est mon Dieu », expliqua Ruth (v. 16). J'insiste : Ce n’était pas les autres « religions » qui étaient le problème, c'était l'éthique souvent inhumaine qui les accompagnait. Le passage biblique suivant en est une illustration : Quand les Hébreux étaient sur le point d'entrer dans la Terre Promise, Moïse les exhorta (Dt 12.29-31) :
« Lorsque l’Éternel, ton Dieu, aura exterminé devant toi les nations que tu vas déposséder, lorsque tu les auras dépossédées et que tu habiteras dans leur pays, garde-toi de te laisser prendre au piège en les imitant, après qu’elles auront été détruites devant toi. (Garde-toi) de t’informer de leurs dieux et de dire : Comment ces nations rendaient-elles un culte à leurs dieux ? Moi aussi, je veux faire de même. Tu n’agiras pas ainsi à l’égard de l’Éternel, ton Dieu ; car elles faisaient pour leurs dieux toute sorte d’horreurs qui sont odieuses à l’Éternel, et même elles brûlaient au feu leurs fils et leurs filles en l’honneur de leurs dieux. »
Mais c’est le psaume 82 qui accuse les autres dieux de la manière la plus explicite :
« Dieu se tient dans l'assemblée de Dieu ; Il juge au milieu des dieux. Jusques à quand jugerez-vous avec injustice, et aurez-vous égard à la personne des méchants ? Pause. Faites droit au faible et à l'orphelin, rendez justice au malheureux et à l'indigent, libérez le faible et le pauvre, arrachez-les à la main des méchants. Ils n'ont ni connaissance ni intelligence, ils marchent dans les ténèbres ; Tous les fondements de la terre chancellent. J'avais dit : Vous êtes des dieux, vous êtes tous des fils du Très-Haut. Cependant vous mourrez comme les humains, vous tomberez comme un prince quelconque. Lève-toi, ô Dieu, juge la terre ! Car tu as un héritage dans toutes les nations. 
C'est précisément parce que les dieux sont immoraux et ne sauvent pas les indigents des mains des méchants que tous les fondements de la terre chancellent. Ce que la Colombe traduite dans ce Psaume à deux reprises par « méchants » (rasha` en hebreu) est rendu dans d’autres passages par « impies » (p.ex. Job 9.24 et d’autres) : Parce que les dieux ne jugent pas ceux qui sont impies, Dieu les fera mourir comme des impies. La boucle est ainsi bouclée : Les personnes d'autres religions ne sont pas impies lorsqu'elles servent d’autres dieux, elles sont impies lorsqu'elles ne rendent pas justice ! L’inhumanité est une expression d’impiété et l’impiété est une expression d’inhumanité.
​
Après avoir examiné le monde des dieux dans la Bible en général et le Dieu d'Israël en particulier, nous devons maintenant nous tourner vers les dieux des nations qui ont façonné le contexte du Nouveau Testament.

Les dieux du monde greco-romain

Notes de bas de page :
[1] Le LXX est un peu plus libre dans la traduction de « Elohim » (אלהים) que nos Bibles modernes. Ainsi, la Septante traduit Juge 16.24 – où il est question des dieux des Philistins (ou devrais-je maintenant parler « du Dieu des Philistins » ?) – Elohim la première fois au pluriel (theoi – dieux), mais la seconde fois au singulier (thos – dieu). Le texte en hébreu, quant à lui, utilise comme d'habitude le pluriel (Elohim).

[2] δαιμόνιον

[3] (Fredriksen, Augustine and The Jews: A Christian Defense of Jews and Judaism, 2010, S. 54)

[4] Contrairement à certaines traductions comme la Colombe, le texte hébreux mentionne « le Dieu de » à deux reprises, raison pour laquelle je cite Darby ici.

[5] On trouve les deux versions ; « selon le nombre des fils de Dieu » (בני אל) et « selon le nombre des fils des dieux » (בני אלהים et aussi בני אלים). La LXX lit également « selon le nombre des anges de Dieu » (κατὰ ἀριθμὸν ἀγγέλων Θεοῦ).

[6] (Scheurer, 1999, S. 375)

[7] Traduit directement de l’hébreu (Jg 11.24) : הלא את אשר יורישך כמוש אלהיך אותו תירש

[8] (Darryl, kein Datum) Marketing- und Vertriebsberatung International. Biblisches Basiswissen. Source: http://marketing-und-vertrieb-international.com/jesus/geschichte-des-wortes.htm
[consulté le 30 août 2019]

[9] Comme nous l'avons vu précédemment, les contrats étaient scellés par la mort d’animaux. Le sacrifice animal symbolisait d'une part l’irrévocabilité (un animal mort ne revient pas à la vie) et indiquait de l’autre la punition, qui devait tomber sur le transgresseur en cas de rupture de contrat.

[10] (Liebi, 2003, p. 417)

[11] (Arnold, Jonas: Bras de fer avec un Dieu de grâce, 2004, pp. 79-80)

[12] (Hall, 1913 and 2018, S. 322)
By Chris Zürcher. Site updated on 14 July 2026
​​© 2026 www.1plus2.info
Picture
  • Début
  • Aperçu
  • Blog
  • Anfang
  • Übersicht
  • Blog
  • Home
  • Overview
  • Blog
  • בית
  • סקירה
  • בלוג